Visite en Grèce : la Présidente de l'APCE appelle à davantage de solidarité européenne

S’exprimant à l’issue d’une visite officielle en Grèce (5-6 décembre 2017) Stella Kyriakides, Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), salue les efforts considérables que la Grèce continue de consentir dans la gestion de l’afflux massif de réfugiés, de migrants et de demandeurs d’asile et a appelé à une plus grande solidarité entre les Etats européens pour, d’une part, alléger la pression qui pèse sur la Grèce et d’autres pays du bassin méditerranéen et, d’autre part, apporter une réponse effective à la crise des migrations et des réfugiés en Europe.

Au cours de ses contacts avec les autorités grecques et pendant sa visite au centre d’hébergement des réfugiés d’Eleonas, la Présidente Kyriakides a pu constater les progrès impressionnants réalisés par la Grèce au cours des derniers mois, notamment depuis la mission réalisée en mai 2016 par la commission ad hoc du Bureau de l’Assemblée. Elle a félicité les autorités pour les nettes améliorations apportées aux centres d’accueil et la fermeture des nombreux camps de fortune qui parsemaient la partie continentale du pays, où les rapports faisaient état de conditions déplorables.

« Toutefois, si la situation en Grèce continentale semble à présent plus ou moins maîtrisée, j’ai été attristée par les rapports sur les conditions extrêmement difficiles qui règnent dans les îles grecques, qui nécessitent, selon l’avis de tous, une intervention et des améliorations immédiates. Ainsi, le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, accueille actuellement près de 5000 personnes d’après les données du HCR, alors qu’il est équipé pour en héberger à peine 1800. Cela signifie que plus de 3000 personnes y séjournent dans des abris inadaptés ou des tentes, avec un accès limité aux services essentiels. L’hiver va encore aggraver la situation. »

« Je partage les inquiétudes des autorités grecques et leur déception face au manque de solidarité européenne, mais je les ai exhortées à intensifier leurs efforts pour garantir des conditions humaines dans ces camps en allégeant la pression qui pèse sur les îles par le transfert d’un plus grand nombre de personnes vers la Grèce continentale, et par le lancement et la mise en œuvre, sans plus tarder, d’un plan adapté et global pour l’hiver », a-t-elle ajouté.

La Présidente Kyriakides a également souligné que – malgré toutes les initiatives qui pourront être prises – l’afflux de réfugiés et de migrants ne cessera pas, et à elle seule la Grèce ne peut pas faire face à la situation. Elle a donc lancé un appel à une plus grande solidarité de la part des États européens et leur a demandé instamment de cesser de se dérober à leurs responsabilités et de faire passer leurs propres intérêts avant la vie des personnes. « Il est navrant que des années après le début de la crise, et malgré les nombreux appels lancés par l’Assemblée par d’autres organisations internationales et les divers efforts consentis pour veiller à ce que la responsabilité soit équitablement répartie entre tous les États d’Europe, nous continuions de lutter pour faire accepter par tous les pays qu’il s’agit d’un problème européen, et qu’une réponse européenne s’impose. Nous ne voulons pas d’une Europe où certains pays ont le sentiment d’être punis uniquement en raison de leur situation géographique. L’unité, la solidarité et le soutien mutuel sont au cœur même de l’idéal européen : nous devons nous recentrer sur de telles valeurs. Seuls une action solidaire et un partage des responsabilités permettront à l’Europe d’être forte, crédible et efficace ».

La situation des mineurs non accompagnés était également au centre de ses discussions avec les interlocuteurs grecs, notamment lors de sa visite du centre d’hébergement « Praksis » pour mineurs non accompagnés et séparés. Elle a salué les efforts consentis en Grèce continentale pour créer de nouveaux centres d’hébergement et intégrer ces jeunes filles et garçons dans la société grecque – en leur garantissant notamment l’accès aux écoles grecques – mais des cas de « rétention de protection » sont encore signalés, et la situation dans les îles est extrêmement préoccupante. « Aujourd’hui, la majorité des enfants des îles ne bénéficient d’aucune protection et n’ont que peu accès à l’éducation. Leur situation doit être réglée d’urgence avant l’hiver ».

Dans ses entretiens, Mme Kyriakides a également attiré l’attention sur la montée du racisme et de la xénophobie, soulignant l’importance de prendre des mesures pour immuniser nos sociétés contre la haine et l’intolérance. « Le risque d’une nouvelle flambée de xénophobie est élevé partout en Europe, y compris en Grèce. Il est particulièrement tangible en période crise économique et d’afflux de migrants, de réfugiés et de demandeurs d'asile. Je me réjouis vivement de la tolérance zéro à l’égard de la haine dans les plus hautes sphères politiques, et encourage les autorités à rester sur cette voie en renforçant les efforts de construction d’une société intégratrice et en collaborant avec les ONG pertinentes dans la promotion d’une confiance et d’une compréhension mutuelles entre les membres des différentes communautés, » a-t-elle souligné.

Enfin, saluant les excellentes relations qui existent entre la Grèce et le Conseil de l’Europe, la Présidente Kyriakides a abordé la question des conventions majeures qui n’ont pas encore été signées et/ou ratifiées par la Grèce. « J’ai été encouragée par l’assurance que le processus de ratification de la Convention d’Istanbul est bien avancé, et devrait aboutir fin janvier 2018. Je suis impatiente de compter la Grèce parmi les pays ayant ratifié cet important instrument ! »

Durant sa visite, la Présidente de l’APCE a rencontré le Président de la République hellénique, le Premier ministre, le ministre des Politiques migratoires, le ministre délégué des Affaires étrangères pour les affaires européennes, le ministre délégué de la Défense nationale ainsi que le Président du Parlement grec. Mme Kyriakides a également rencontré des membres de la délégation grecque auprès de l’APCE et des chefs des différents groupes politiques représentés au Parlement grec. Enfin, elle s’est rendue au centre d’accueil des réfugiés d’Eleonas et au centre d’hébergement « Praksis » pour mineurs non accompagnés et séparés.