Journée contre le racisme : l’afrophobie est toujours répandue en Europe et au-delà, alerte le rapporteur général

« Le 21 mars 1960, 69 personnes étaient tuées par les forces de l’ordre à Sharpeville, en Afrique du Sud, alors qu’elles manifestaient pacifiquement contre les lois de l’apartheid. Soixante ans plus tard, et après des décennies de travail législatif et de politiques anti-discriminatoires, l’afrophobie, ou le racisme envers les personnes de descendance africaine, est toujours répandue en Europe et au-delà, » a déclaré Momodou Malcolm Jallow (Suède, GUE), rapporteur général sur la lutte contre le racisme et l’intolérance, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale (21 mars).

« L’Europe fait face à une résurgence de crimes racistes, englobant toutes les formes d’expression visant à propager, inciter, promouvoir ou justifier la haine. Nous continuons d’observer une augmentation des crimes de haine envers les migrants, une normalisation de l’islamophobie, de l’afrophobie, de l’antisémitisme, de l’antitsiganisme et de l’homophobie. L’intolérance exprimée par un nationalisme et un éthnocentrisme agressifs ayant récemment émergé et ayant considérablement affecté le discours politique général est une tendance inquiétante, qui suscite des préoccupations urgentes.

Des attaques néo-nazies en Allemagne au mouvement de résistance Nordique en Suède, le racisme s’est normalisé et est désormais perpétué, non seulement par des groupes populistes et extrémistes, mais aussi au travers du spectre politique. La manière la plus efficace de prévenir le racisme et l’intolérance est de renforcer notre adhésion aux principes de démocratie, de droits humains et d’Etat de droit, et de promouvoir un modèle de société qui fait place à la diversité et au respecte la dignité humaine.

Alors que nous commémorons les événements tragiques et racistes ayant eu lieu à Sharpeville, nous devons reconnaître les inégalités socio-économiques actuelles, les actes de haine et de racisme, les stéréotypes négatifs, l’exclusion sociale et les autres formes de discrimination que les personnes d’ascendance africaine et les européens noirs continuent à vivre. Côte à côte avec d’autres groupes vulnérables tels que les migrants, les réfugiés et les minorités religieuses, ethniques, et de genre, ces personnes sont souvent exposées à de multiples formes de discrimination, ce qui souligne l’importance d’une approche intersectionnelle.

Les graves défis auxquels les personnes d'ascendance africaine et les Européens noirs sont confrontés en Europe exigent des mesures urgentes, adéquates et spécifiques.

A l’occasion de la Journée internationale pour l'éradication de la discrimination raciale et du bilan intermédiaire de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) entrepris par le Conseil des droits humains des Nations Unies de Genève, j'invite les dirigeants européens, les décideurs politiques et les législateurs à prendre des mesures contre le racisme et l'intolérance dans toutes leurs manifestations, et à combattre l’afrophobie dans les sociétés européennes au travers de mesures rapides et adéquates.

Ils doivent s’assurer que les politiques et la législation anti-discrimination soient mises en œuvre de manière effective et systématique, avec une attention particulière à la lutte contre le discours de haine et les crimes de haine. J’en appelle aux gouvernements pour renforcer leurs efforts afin de prévenir et combattre l’extrémisme et le néo-nazisme ; pour mettre en œuvre de façon active des contre-mesures pour déceler et enregistrer le discours de haine, et pour poursuivre les auteurs à tous les niveaux de la société.

Des plans d’actions nationaux visant à combattre le racisme et à protéger les communautés vulnérables devraient être mis en place : à la lumière de la résurgence actuelle des partis politiques extrémistes et racistes, l’égalité, la démocratie, les droits humains et l’Etat de droit devraient être promus, et de nouvelles dispositions sur l’usage de fonds publics par les partis politiques devraient être introduites.

Les organismes chargés de l’égalité et les organisations de la société civile jouent un rôle crucial dans la sensibilisation et dans la lutte contre le racisme, et doivent donc être renforcées, consultées et soutenues ».