Borut

Pahor

Premier ministre de Slovénie

Discours prononcé devant l'Assemblée

jeudi, 25 juin 2009

Je vous remercie, Monsieur le Président, de vos aimables propos. C’est pour moi un grand plaisir que de revenir dans cette enceinte que je connais bien et un grand honneur que de m’adresser à votre auguste assemblée en ma qualité de Premier ministre du pays qui préside le Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

Je m’exprime aussi, et c’est également un grand plaisir, en tant qu’ancien président de la délégation slovène. Je suis venu ici pour la première fois, en cette qualité, en 1993. La Slovénie venait d’adhérer au Conseil de l’Europe et cette adhésion constituait pour nous un important jalon vers l’État auquel nous aspirions. Notre fil rouge, c’étaient précisément les principes fondamentaux du Conseil de l’Europe. Nous sommes maintenant arrivés à bon port, nous avons atteint notre objectif.

Mais la période de transition a exigé des mutations structurelles profondes. Grâce au peuple slovène, qui a compris, malgré les moments difficiles, la nécessité du changement, notre entreprise a été couronnée de succès et nous avons réalisé notre rêve. Dans cette transition vers un État pleinement démocratique, nous avons également été grandement aidés par l’attitude très positive de la communauté internationale.

En tant qu’État jeune et relativement petit, la Slovénie a bien vu l’importance d’appartenir à des organisations internationales. A cet égard, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a été une excellente plate-forme, un lieu où la Slovénie a pu apprendre le «b‑a‑ba» de la démocratie. Cette enceinte a été pour nous une chance formidable. L’Est et l’Ouest s’y rencontrent, depuis la chute du mur de Berlin, et tous les pays membres peuvent s’aider de leurs expériences respectives tout en s’encourageant mutuellement. Le temps passé ici nous a permis de mieux comprendre notre appartenance européenne et d’atteindre pas mal d’objectifs.

Nous célébrons aujourd’hui la fête nationale slovène. Cela fait 18 ans que nous sommes un pays souverain et indépendant. Je serais tenté de dire que la Slovénie est devenue majeure, pas seulement parce qu’elle a 18 ans d’indépendance derrière elle, mais grâce à l’expérience accumulée et aussi aux qualifications acquises. Le rôle de la Slovénie dans les organisations internationales a en effet évolué de façon substantielle. Ainsi, la Slovénie a présidé le Conseil de Sécurité des Nations Unies. En 2005, elle a présidé l’OSCE, et en 2008, elle a piloté le Conseil de l’Union européenne. Toute cette expérience a renforcé notre expérience. Aujourd’hui, elle assume la tâche de présider le Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

Tout cela illustre l’engagement très fort de la Slovénie en faveur du multilatéralisme et de la coopération internationale. En cette époque de mondialisation, c’est la seule façon d’assurer la primauté du droit, la démocratie et le respect des droits de l’homme. L’an dernier, alors que nous assumions la présidence de l’Union européenne, nous avions déjà adopté cette approche en encourageant sa coopération avec le Conseil de l’Europe et nous savons à quel point la coordination entre ces deux institutions est importante.

Notre présidence du Comité des Ministres ne coïncide pas seulement avec le dix-huitième anniversaire de la Slovénie, mais aussi avec le soixantième du Conseil de l’Europe, qui depuis sa fondation promeut le respect des droits de l’homme, les libertés fondamentales, l’état de droit et la démocratie et le cinquantième anniversaire de la Cour européenne des droits de l’homme. Ces jubilés, loin d’être des signes d’obsolescence, nous rappellent les succès du Conseil, les bonnes pratiques qu’il a développées, l’expertise qu’il s’est forgée.

De nombreuses organisations sont confrontées à des doutes sur leur raison d’être et régulièrement accusées de n’exister que par et pour elles-mêmes. On peut entendre certains s’interroger sur notre sens et notre efficacité, ou dire que l’Union européenne est rivale du Conseil, sans parler de la crise économique qui menace son budget. Mais après huit années passées dans cette maison, je suis convaincu que les valeurs fondamentales du Conseil reflètent l’essence même de l’Union et qu’il est absolument indispensable à ses 800 millions de citoyens. Je ne peux pas imaginer une Europe sans lui. Si la crise économique suscite des doutes, ceux-ci doivent porter sur l’efficacité de nos actions en faveur des plus vulnérables – je ne pense pas qu’aux mesures socio-économiques, mais aussi aux valeurs clef du Conseil: la primauté du droit, le respect des droits de l’homme, bref le socle des valeurs consensuelles que partagent nos États membres.

L’histoire ne s’arrête pas là. Après tout, le passé de l’un est le présent de l’autre – mais le futur appartient à chacun. Les problèmes qui se posent doivent être vus comme des défis qui peuvent permettre au Conseil de l’Europe d’assumer un nouveau rôle. En énonçant des normes dans nombre de domaines nouveaux et pointus, il apporte une contribution précieuse à la configuration d’une Europe moderne et influe ainsi sur la conscience et la pensée de nos citoyens qui sont les seuls, dans nos systèmes démocratiques, à décider de qui mérite de bénéficier de leur confiance. Il ne faut pas l’oublier lorsqu’on s’interroge sur la raison d’être du Conseil, surtout dans des périodes de crise qui sont souvent décourageantes alors qu’elles devraient être tout l’inverse. La crise actuelle doit pousser le Conseil à rester uni et engagé autour de ses objectifs fondamentaux.

Pour bien évaluer ce qui s’est passé récemment, pour réussir l’élection d’un nouveau Secrétaire Général et trouver de bonnes solutions aux problèmes qui se posent, notre engagement en faveur de nos valeurs communes doit être clair et inconditionnel. Avec la plus grande sincérité, je vous dis qu’en tant qu’ancien collègue de cette Assemblée, je comprends parfaitement: je sais que seul un dialogue constructif avec le Comité des Ministres peut nous amener à réaliser notre objectif commun. Le dialogue permet de rechercher les solutions optimales. Le poste de Secrétaire Général doit être confié à la personne la plus qualifiée qui soit, et cette personne doit bénéficier du soutien des deux organes du Conseil. Ce n’est qu’ainsi que l’organisation gagnera en efficacité et en pertinence dans la communauté internationale.

L’une des grandes priorités de notre présidence, que nous avons reprise de l’Espagne, concerne la réforme de la Cour européenne des droits de l’homme. La dynamique est déjà enclenchée puisque nous avons adopté différents mécanismes propres augmenter de manière temporaire l’efficacité de la Cour. La Slovénie soutient tout ce qui permettra d’accomplir cette réforme afin que la Cour conserve son rôle de chef de file de la protection des droits de l’homme en Europe. Elle s’est engagée au niveau le plus élevé à jouer un rôle actif dans cette réforme et s’est directement impliquée dans les efforts du Conseil visant à mettre en place les conditions nécessaires au changement. La Slovénie a ratifié le Protocole 14 à la Convention sur de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et elle a accepté une mise en œuvre provisoire de certaines de ses dispositions. Elle a également signé et ratifié le Protocole 14 bis et se félicite qu’il entre en vigueur dès le 1er octobre, grâce à la ratification de trois États membres. Ce dispositif allègera largement la tâche de la Cour et lui permettra d’être plus efficace.

En certains endroits d’Europe, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales continue d’être une question critique. La Slovénie s’efforce d’impliquer activement les pays du sud-est de l’Europe dans tous les domaines de travail du Conseil. Elle soutient le projet «Nos droits» en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo et met l’accent sur la situation de la minorité des Roms dans cette région. Elle veut également promouvoir le renforcement des normes démocratiques et de l’état de droit en Europe du sud-est et a pour cela mis en exergue l’importance de la lutte contre la traite, la corruption et la criminalité organisée. Elle souhaite voir émerger une situation satisfaisante à cet égard, ce qui permettrait de boucler les activités de suivi du Conseil dans ces pays. Bref, elle soutient toutes les activités susceptibles de remplir les engagements du Conseil dans cette région.

Au Kosovo par exemple, la Slovénie soutient des actions qui contribueront à améliorer le respect des valeurs et des normes défendues par le Conseil. Elle constate ainsi avec plaisir que le Kosovo a inclus l’apprentissage des droits de l’enfant consacrés par le projet «Nos droits» dans ses programmes scolaires. Trente‑deux mille élèves participeront au projet en 2009, y compris issus des minorités. Il conviendra de surveiller la mise en œuvre de cette action. Nous espérons aussi que le Conseil et le CPLRE prêteront main forte à la tenue des élections locales dans cette région.

La Slovénie soutient aussi les activités du Conseil en Géorgie. Elle salue les efforts du commissaire aux droits de l’homme ainsi que le travail de la mission d’observation de l’Union européenne en Géorgie et des autres missions internationales, et elle s’implique dans la protection du patrimoine culturel de cette région. La mobilisation de ressources financières pour la mise en œuvre du plan d’action pour la Géorgie et les projets du Conseil pour ce pays sont encourageants. Je suis sûr que son action contribuera à régler la crise humanitaire et à assurer le respect de leurs engagements par la Fédération de Russie et la Géorgie. La Slovénie appelle la communauté internationale à s’impliquer en Géorgie. L’une des principales difficultés est l’accès aux zones post-conflit, qui doit trouver une solution rapide.

Au début du mois de juin, un point d’information du Conseil de l’Europe a été inauguré à Minsk par le président du Comité des Ministres M. Žbogar, ministre slovène des Affaires étrangères, et son homologue biélorusse M. Martynov. Il sera accessible à tous les citoyens du Bélarus et permettra de promouvoir, de concert avec les autorités de ce pays et la société civile, les normes et valeurs du Conseil de l’Europe. L’idée en avait été évoquée pour la première fois il y a des années au sein de cette Assemblée, qui souhaitait renforcer ses liens avec le Bélarus. La discussion qui a eu lieu mardi a confirmé que son intérêt était toujours aussi fort. Rétablir le statut d’invité spécial du Bélarus, à la condition d’un moratoire sur la peine capitale, constitue un jalon important pour les deux parties. Il faut le saluer. Dans ses contacts bilatéraux et dans la présidence qu’elle va assumer, la Slovénie s’attachera à encourager les relations entre le Conseil de l’Europe et le Bélarus.

En outre, la Slovénie connaît bien la situation de la Moldova depuis les élections du 5 avril. Nous nous félicitons de la réaction rapide du Conseil de l’Europe, et nous continuerons à soutenir le rôle du Conseil dans ce pays, comme nous soutiendrons toutes les initiatives visant à y promouvoir la démocratie et l’État de droit, notamment celles de la Commission de Venise. La Slovénie soutient en particulier, dans la perspective des élections législatives qui doivent se dérouler très prochainement, les programmes d’assistance préélectorale du Conseil en Moldova, visant notamment à actualiser les listes électorales et à promouvoir une couverture médiatique de la campagne électorale. Toutes ces initiatives contribueront à améliorer le fonctionnement démocratique de la Moldova.

L’histoire ne s’arrête pas là. Je souhaite que les Européens aient en commun, non seulement un continent, mais un avenir: celui que le Conseil de l’Europe tente de baliser depuis sa création. Durant des années, c’est à l’ouest que les Slovènes recherchaient un tel avenir. En matière de droits de l’homme, d’État de droit et de démocratie pluraliste, il est bon d’avoir un modèle; il vaut encore mieux être soi‑même un modèle. Mais le mieux serait qu’aucun pays n’ait plus besoin de modèle. Si la chute du Mur de Berlin a permis un pas en avant gigantesque vers cet objectif, celui-ci n’est pas encore atteint. J’aspire au jour où, pour chaque européen, l’est et l’ouest ne seront rien d’autre que des coordonnées géographiques. Tel est l’objectif qu’on doit garder à l’esprit quand on discute de l’activité du Conseil de l’Europe, de l’avenir de la Cour européenne, de l’élection d’un nouveau secrétaire général ou du fonctionnement du Conseil.

Que ce jour où nous célébrons notre fête nationale soit pour moi l’occasion de féliciter l’Assemblée parlementaire et le Conseil de l’Europe pour le travail accompli.

LE PRÉSIDENT

Je vous remercie de ce discours, Monsieur le Premier ministre, et je laisse la parole à ceux de nos collègues qui ont exprimé le souhait de vous poser une question.

La parole est à M. Santini, au nom du Groupe du parti populaire européen.

M. SANTINI (Italie) (interprétation)

Permettez-moi, au nom du Groupe PPE, Monsieur le Premier ministre et, à l’occasion de votre fête nationale, de vous adresser tous mes vœux et de féliciter votre pays d’être devenu une référence démocratique en Europe, au point d’avoir assuré la présidence de l’Union européenne au cours d’un semestre très chargé et de présider aujourd’hui le Comité des ministres. Cette maturité démocratique vous donne un rôle particulier dans votre région. Pouvez-vous nous dire où vous en êtes quant au règlement du litige territorial qui oppose depuis longtemps votre pays à la Croatie? La déclaration conjointe peut-elle laisser espérer à la Croatie de pouvoir enfin devenir membre de l’Union européenne?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Nous considérons que le processus d’élargissement de l’Union européenne n’est pas achevé et nous sommes favorables à ce que tout pays d’Europe qui le souhaite puisse devenir membre de l’Union. Les difficultés apparues dans les négociations d’adhésion de la Croatie ne sont pas notre fait: c’est la Croatie qui, dans le chapitre 31 du document remis à l’Union européenne à l’appui de sa candidature préjuge quelque peu du tracé des frontières. La Slovénie n’avait pas évoqué ce point et nous continuons à appuyer la demande d’adhésion de la Croatie, avec l’espoir que cette question sera réglée.

Je tiens à souligner qu’une telle question touche à nos intérêts vitaux et ne saurait recevoir une réponse hâtive. En décembre, avec l’aide de la présidence française de l’Union, nous avons déjà tenté de résoudre ce problème. Cette tentative n’ayant pas été couronnée de succès, la Slovénie a formulé des réserves, mais nous souhaitons vivement pouvoir les lever au plus tôt quand les motifs qui les fondent auront disparu. Nous nous félicitons des efforts consentis par l’Union européenne pour régler ce différend entre deux pays voisins et amis. Un trop long chemin a déjà été parcouru sur la voie du compromis pour que nous renoncions à trouver une solution. C’est pourquoi nous allons, sous la présidence suédoise, envisager toutes les options. Si nos deux pays parviennent à établir un tracé définitif de leurs frontières, un tel résultat constituera un progrès considérable pour les relations interrégionales.

Vous devez cependant considérer que l’adhésion de la Croatie doit, pour être ratifiée, recueillir le vote favorable des deux tiers de notre assemblée nationale. Cette majorité risque de ne pas être atteinte si les questions de frontières ne sont pas réglées en amont des négociations d’adhésion. C’est maintenant qu’il faut régler ce problème: il serait regrettable de s’arrêter à une solution ad hoc qui ne saurait être que provisoire. En tout état de cause, la Slovénie souhaite entretenir des relations de bon voisinage avec tous ses voisins.

M. IWIŃSKI (Pologne) (interprétation)

Le litige territorial qui oppose votre pays, Monsieur le Premier ministre, à la Croatie n’est pas mince puisqu’il s’agit de l’accès à une façade maritime de 47 kilomètres. Mais étant donné ses conséquences négatives, ne vaudrait-il pas mieux préférer la voie d’un règlement multilatéral à un accord bilatéral?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Puisque c’est la même question que précédemment, je vais répéter ma réponse,: si La Croatie n’avait pas préjugé du tracé des frontières dans le document remis à la Commission européenne, les négociations d’adhésion se seraient déroulées sans problème. Ce n’est pas la Slovénie qui a soumis ce point à la négociation, mais elle a bien dû réagir pour sauvegarder ses intérêts. Notre souhait est que le gouvernement croate propose une solution appropriée.

M. ÇAVUŞOĞLU (Turquie) (interprétation)

Selon les organismes internationaux de lutte contre le racisme et l’intolérance, Monsieur le Premier ministre, les juifs, les musulmans et les roms de votre pays son en butte à des actes d’intolérance. Quelles mesures ont été prises pour protéger les populations migrantes de tels actes?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Pour avoir travaillé huit ans dans cette enceinte et quatre ans au Parlement européen, et aujourd’hui, en tant que Premier ministre de la Slovénie, je crois en une Europe où les différentes communautés coexistent pacifiquement. Nous devons trouver une réponse à ce type de problèmes. Je ne peux en aucun cas imaginer qu’on puisse, sur notre vieux continent, marquer quelque discrimination que ce soit envers certains de nos concitoyens.

Ce n’est que si l’Europe parvient à sauvegarder toutes les facettes de la diversité que nous pourrons nous assurer que tout un chacun, quelle que soit sa religion, se sente véritablement à l’aise dans la maison de l’Europe. Pendant la présidence slovène, la Slovénie fera tout pour que cela se réalise.

M. KOX (Pays-Bas) (interprétation)

Monsieur le Premier ministre, vous le savez sans doute, mais avant votre arrivée dans l’hémicycle, nous avons adopté un appel urgent lancé aux autorités iraniennes au sujet des violences perpétrées à l’encontre du peuple iranien qui est descendu dans la rue pour s’opposer au régime des mollahs. Que peut-on attendre des gouvernements et du Conseil s’agissant des événements tragiques qui se sont déroulés en Iran? Avez-vous lancé un appel aux mollahs, et lequel? Quel appel allez-vous lancer au peuple iranien?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Comme vous et vos collègues, je suis de très près l’évolution de la situation en Iran, un processus très important pour le bien-être et la prospérité de l’ensemble de la région. J’aimerais que l’on respecte la volonté des citoyens et que des institutions démocratiques voient le jour en Iran.

En outre, nous, avec nos responsabilités, nous devrions également contribuer à une résolution du problème dans le sens voulu par nous. J’aimerais que l’Iran fasse preuve d’ouverture au dialogue et recherche avec nous des solutions qui participent de l’intérêt collectif. J’ai lu les déclarations de l’Union Européenne, celles du Conseil de l’Europe: apparemment, la communauté internationale est tout à fait prête à nouer un dialogue pour réaliser les objectifs qui sont les nôtres de paix, de prospérité et de bien-être. J’espère que tel sera le cas. Je suis assez optimiste, comme vous, parce que cela me paraît important.

S’agissant par ailleurs de la récession économique qui touche le monde entier, la situation est désormais plus claire. En effet, on doit se mobiliser pour régler les problèmes qui ne sont peut être pas liés directement à la récession. En tout état de cause, il faut régler ces problèmes dans le sens de notre intérêt collectif et de l’établissement d’un monde pacifique.

M. BÉTEILLE (France)

Monsieur le Premier ministre, vous avez tenu des propos très encourageants sur la Cour européenne des Droits de l’homme et sur la ratification du Protocole 14 bis. Comptez-vous également prendre des initiatives pour obtenir la ratification par la Fédération de Russie du Protocole 14?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Il me semble que les progrès réalisés jusqu’à ce jour sont déjà très importants. Autant pour vous que pour moi, je les trouve très encourageants pour l’avenir. La réponse à votre question est «oui», nous souhaitons l’entrée en vigueur du protocole, nous souhaitons qu’à ce moment des règles nouvelles s’établissent.

M. VAREIKIS (Lituanie) (interprétation)

Monsieur le Premier ministre, vous avez dit dans votre intervention que vous souhaiteriez être un modèle pour l’ensemble de la région. Les Slovènes n’aiment pas que l’on dise qu’ils appartiennent aux Balkans. Ils disent toujours qu’ils sont un pays alpin. Vous qui venez de l’ancienne Yougoslavie, quelle est, votre projection concernant des pays qui ne sont pas encore dans cette situation, le Kosovo par exemple? Quelle sorte de modèle leur proposeriez-vous?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

La Slovénie est un pays qui continuera à partager son expérience pour mettre en place une société ouverte et démocratique. Dans la mesure où les pays de la Région le souhaitent, bien entendu. Si tel est le cas, la Slovénie est toute disposée à leur prêter main forte dans cette période post-conflits. Il y a eu beaucoup de tragédies personnelles, beaucoup de ressentiments, de sorte que nombre de conflits subsistent. Ce sont des événements que l’on n’a pas oubliés, même si la guerre ne sévit plus. Ainsi, les Accords de Dayton ont pu mettre un terme aux hostilités qui faisaient rage dans cette partie de l’Europe et permettre à la paix de s’installer. Ce fut là un grand pas en avant en faveur de la sécurité.

Cependant, il reste encore des problèmes et la Slovénie veut tout faire pour que la communauté internationale y apporte une réponse unanime. De plus, lorsque le processus d’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et d’autres pays a vu le jour, la réaction de la communauté internationale n’a pas été très claire, ce qui a eu un impact par la suite sur le recours à la force militaire. Cela dit les choses vont évoluer, et nous connaissons maintenant la paix et la stabilité. Nous espérons faire davantage pour le bien‑être, la paix et la prospérité des populations.

M. GROSS (Suisse) (interprétation)

Monsieur le Premier ministre, vous avez évoqué deux fois les leçons de l’histoire. Aujourd’hui, la Slovénie fait face à des difficultés qui découlent également de la Seconde guerre mondiale. En effet, vous avez découvert des fosses communes, vous avez mis au jour des drames dans lesquels des Slovènes ont tué des réfugiés. Quels enseignements avez-vous tiré de ces découvertes? Comment faire pour ne pas diviser le pays et en même temps ne pas laisser les voisins utiliser ce passé contre vous?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Monsieur Gross, je vous connais depuis de nombreuses années et je suis très heureux de vous revoir aujourd’hui dans cet hémicycle. Au cours de son histoire, tout pays est passé par des périodes difficiles. On peut s’inspirer des époques favorables pour construire l’avenir. Quant aux époques douloureuses, elles doivent nous rappeler qu’il faut tirer les leçons de l’histoire.

L’Assemblée nationale slovène va prochainement débattre d’un projet de loi qui devrait permettre de régler ces questions de la meilleure façon possible à l’échelon de l’État. C’est un dossier de la plus haute importance et je considère que cette question doit être réglée de manière qu’elle ne puisse pas faire l’objet de querelles politiques ni chez nous, ni chez nos voisins. Nous avons le devoir en réglant ce problème aujourd’hui de ne pas reporter le fardeau sur nos descendances, les générations futures. Je puis vous assurer que nous essaierons de tout faire en ce sens. J’espère que nous parviendrons à régler ce problème, non seulement en Slovénie, mais dans d’autres pays aussi.

C’est un lourd fardeau pour les responsables politiques. Chacun de nous est libre de porter le jugement qu’il veut sur l’histoire, mais sur le plan politique, nous devons bien comprendre que nous vivons aujourd’hui dans un nouveau siècle, que nous vivons dans la liberté, dans la paix. Nous, les responsables politiques, nous avons le devoir de prendre des décisions qui empêcheront le passé d’être un fardeau pour les générations futures.

Mme POSTANJYAN (Arménie) (interprétation)

La Slovénie, qui faisait partie de la Yougoslavie, a utilisé sont droit à l’autodétermination. Votre pays est ainsi devenu indépendant en faisant l’économie de bains de sang. Que conseilleriez-vous à d’autres pays qui connaissent la même situation, et je pense en particulier au Nagorny Karabakh, afin d’assurer et de pérenniser le partenariat à la sécurité et à la paix?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Grâce à votre concours et à celui des personnes que vous représentez, j’aimerais beaucoup que l’ancien continent devienne un continent de paix, de sécurité et de prospérité. Au siècle dernier, nous avons assisté à diverses expériences politiques qui n’allaient guère dans le sens de l’intérêt des citoyens. Ces expériences politiques ont échoué.

Grâce au Conseil de l’Europe et à d’autres institutions, l’importance du respect des droits de l’homme et de la protection des libertés fondamentales a pu être soulignée. Toutes les autres valeurs n’ont pas manqué d’être mises en évidence au demeurant. Voilà une source d’inspiration pour les pays dont vous faites état. Ce peut être un bon socle en vue de réaliser les objectifs. La tâche est ardue, certes, mais le Conseil de l’Europe pourrait jouer un rôle plus actif, comme il l’a fait par le passé.

S’agissant de l’indépendance, je peux vous dire que la Slovénie ne pensait pas du tout à l’indépendance pour des raisons égoïstes. L’idée d’une Slovénie indépendante s’est toujours inspirée de l’idée européenne. Nous avons toujours voulu vivre avec les autres nations. Mais, bien évidemment, nous voulions préserver notre souveraineté nationale. A la suite des changements intervenus en 1990, et de l’indépendance un an plus tard, nous avons voulu ancrer dans notre système tous les principes et toutes les valeurs qui inspirent le Conseil de l’Europe.

Le Conseil de l’Europe et la Slovénie, qui préside actuellement le Conseil des Ministres, peuvent prêter main forte aux pays qui veulent réaliser des changements. C’est une obligation morale et c’est la responsabilité de cette institution.

M. DZEMBRITZKI (Allemagne) (interprétation)

Monsieur le Ministre, que pouvons-nous faire ensemble pour qu’un processus d’adhésion puisse être conclu sans mettre en péril le bon voisinage? Considérez-vous votre pays comme faisant partie d’une Union européenne commune?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

La désagrégation de notre ancien État, l’avènement de l’indépendance pour de nouveaux pays, y compris la Slovénie, a signifié que certaines questions problématiques entre ces nouveaux États étaient encore en suspens. Cela vaut également pour des questions de différends frontaliers. La question des frontières entre la Slovénie et la Croatie n’a pas été évoquée pendant les négociations mais la Slovénie a dû intervenir après que la Croatie eût présenté des documents préjugeant du tracé des frontières.

Pour conclure, je dirai qu’en vue de l’élargissement futur de l’Union européenne aux Balkans de l’ouest, la résolution des litiges frontaliers serait la bienvenue. On pourrait donner un exemple à d’autres pays, et insuffler l’optimisme. Je ne souhaite pas manquer cette occasion, mais il y faut de la volonté politique de part et d’autre.

M. FLEGO (Croatie) (interprétation)

Monsieur le Premier ministre, comme vous l’avez souligne dans votre discours et dans la réponse fournie à la première question, chacun doit remplir les mêmes conditions. Sauf erreur de mémoire de ma part, nombre de problèmes restent en suspens dans l’Union européenne. Il est demandé aux pays de coopérer les uns avec les autres. La Slovénie elle-même est devenue membre de l’Union européenne, le problème de frontières n’étant toujours pas résolu. Pourquoi cela ne pourrait-il être le cas pour la Croatie?

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Cette question intéresse beaucoup les parlementaires de l’Assemblée parlementaire. Dans le document soumis par le gouvernement de la Croatie, il est préjugé l’existence de l’emplacement de frontières nationales. Si tel n’était pas le cas, la Slovénie n’aurait aucune réserve.

LE PRÉSIDENT (interprétation)

Merci, Monsieur le Premier ministre d’avoir répondu au nom de la Présidence slovène. En tant que parlementaire, vous savez que nous devons poursuivre dans le sens d’un accord avec le Comité des Ministres. J’espère que grâce à vous et aux ministres, nous parviendrons à ce résultat.

M. Pahor, Premier ministre de Slovénie (interprétation)

Je saisirai l’occasion qui m’est offerte pour remercier M. le Secrétaire Général, mon ami de longue date, de tout le travail accompli dans le cadre de ce mandat. Monsieur le Secrétaire Général, étant donné que vous arrivez au terme de vos fonctions, je tiens à vous souhaiter tout le succès que vous méritez dans votre vie personnelle et professionnelle.