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<title>Traite des femmes et la prostitution forcée dans les Etats membres du Conseil de l'Europe</title>
</head>

<body bgcolor="#FFFFFF">

<p><img src="../logotran.gif" width="311" height="162"></p>

<hr size="1">

<p><font size="6"><b>Traite des femmes et la prostitution forcée
dans les Etats membres du Conseil de l'Europe</b></font></p>

<p><font size="4"><b>Avis</b></font><b> </b><a href="#Footnote1" name="Footref1"><b>(1)</b></a></p>

<p><b>Doc. 7808</b> </p>

<p align="left">21 avril 1997</p>

<p align="left"><b>Rapporteur: M</b><em><b>me</b></em><b>
Inga-Britt JOHANSSON, Suède, Groupe socialiste</b></p>

<hr size="1">

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">1.La commission des migrations, des réfugiés et
de la démographie se félicite du rapport de la commission des
questions juridiques et des droits de l'homme sur la traite des
femmes et la prostitution forcée. Bien qu'il soit déjà ancien,
le phénomène décrit dans le rapport a acquis une nouvelle
dimension ces dernières années. Un taux d'augmentation
alarmant, la participation de groupes criminels organisés, un
déplacement géographique vers l'Europe et le fait que le
Conseil de l'Europe regroupe les pays tant d'origine que de
destination sont des éléments qui justifient pleinement un
débat de l'Assemblée sur la question.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">2.La traite des femmes a toujours été, et
continue d'être, un délit sous-signalé pour plusieurs raisons,
l'une des principales étant la peur des victimes de se
présenter à la police du fait de leur situation irrégulière.
Toutefois, selon l'Organisation internationale pour les
migrations (OIM), on estime à 500 000 le nombre de femmes
victimes de la traite en direction des Etats membres de l'Union
européenne en 1995. Ce chiffre est en augmentation. Si on le
compare au chiffre des demandeurs d'asile qui, toujours en 1995,
était inférieur de moitié (265 622 demandes dans les Etats
membres de l'Union européenne), on peut mesurer pleinement
l'ampleur du problème qui, aux yeux de l'opinion publique, passe
pour relativement marginal.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">3.En conséquence, nombre d'Etats membres du
Conseil de l'Europe n'ont pas de politique cohérente pour
traiter de cette question. Il est significatif que la majorité
d'entre eux ne dispose pas de statistiques officielles en la
matière. Par ailleurs, ce problème, qui a manifestement une
dimension internationale et concerne toujours plus d'un pays à
la fois, appelle une coopération et une coordination étroites
entre les différents Etats. La coopération actuelle est
insuffisante. La recommandation de la commission des questions
juridiques et des droits de l'homme . si elle est adoptée par
l'Assemblée parlementaire . devrait contribuer à améliorer la
situation actuellement peu satisfaisante à cet égard.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">4.La traite des femmes et la prostitution forcée
sont avant tout un problème de droits de la personne, étant
donné que les droits de la personne et la dignité humaine des
victimes sont violés. Mais il s'agit en même temps d'un
problème juridique, social, économique et, enfin et surtout, de
migration légale et illégale. Le chiffre susmentionné de 500
000 victimes englobe les entrées régulières et irrégulières
dans les pays de l'Union européenne. Les entrées régulières
concernent habituellement des femmes qui arrivent munies soit
d'un visa touristique (sans visa pour une courte période si cela
est autorisé) soit d'un permis de travail en tant que
«danseuse», «artiste» ou «jeune fille au pair». Il est
prouvé que ces types de contrats sont souvent utilisés pour
forcer les femmes à se prostituer. La caractéristique commune
est qu'au bout d'un certain temps toutes ces femmes rentrent dans
la catégorie des immigrants clandestins.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">5.Les questions de migration sont d'une
importance cruciale dans la lutte contre la traite des femmes et
la prostitution forcée. Les politiques de migration des Etats
membres du Conseil de l'Europe portent sur plusieurs aspects tels
que le contrôle des mouvements transfrontaliers et des séjours.
La politique de migration à l'égard des victimes pourrait
devenir un instrument utile de la lutte contre ce délit.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">6.La formation des agents de l'immigration,
notamment dans les consulats qui délivrent les visas, mais aussi
aux postes frontières, est d'une grande importance. Les
trafiquants contreviennent souvent aux procédures d'immigration
pour permettre à leurs victimes d'entrer dans le pays. Il
faudrait instruire pleinement les fonctionnaires du problème et
leur donner des informations actualisées sur les méthodes, la
dynamique et les tendances de la traite. Ils devraient être
vigilants et avoir reçu une formation pour reconnaître les
victimes potentielles, les mettre en garde et leur fournir des
informations complètes sur les possibilités de migration
légale. Une telle formation a déjà été introduite dans
certains Etats de l'Union européenne dans le cadre du programme
«Sherlock». La commission des migrations, des réfugiés et de
la démographie a récemment soumis un rapport sur la formation
du personnel accueillant des demandeurs d'asile aux postes
frontières. Portant sur une question différente, ce rapport n'a
évidemment pas mentionné les victimes potentielles de la
traite. Ma commission estime pourtant que les agents des services
des frontières et autres fonctionnaires de l'immigration
concernés jouent un rôle très important dans la lutte contre
ce délit. Les victimes féminines de la traite, qui sont souvent
jeunes et peu instruites, ignorent souvent l'existence du
problème et les méthodes employées par les trafiquants. En les
mettant en garde à temps, on peut les sauver.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">7.Il faudrait aussi adapter certaines
réglementations de manière à permettre aux fonctionnaires de
l'immigration d'exercer un contrôle pendant un séjour régulier
dans un pays d'accueil. Un tel contrôle constituerait une sorte
de procédure de surveillance en vue de dépister les violations
des procédures juridiques.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">8.Il y a un risque de conflit entre les mesures
restrictives visant à contrôler le trafic transfrontalier et
certains droits de l'homme, comme par exemple la liberté de
circulation. L'harmonisation des dispositions juridiques, en
tenant compte des principes des droits de l'homme et de la lutte
contre la traite, devrait être étudiée très minutieusement au
niveau paneuropéen.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">9.La politique de migration à l'égard des
victimes de la traite peut largement contribuer à l'efficacité
de la lutte contre les auteurs de ce délit. Dans la majorité
des Etats membres du Conseil de l'Europe, la loi prévoit
l'expulsion immédiate des femmes en situation irrégulière
indépendamment du fait qu'elles puissent être des victimes de
la traite. En conséquence, les témoins à charge potentiels
disparaissent et les trafiquants restent impunis. Seuls la
Belgique et les Pays-Bas possèdent des dispositions
législatives garantissant un permis de séjour temporaire aux
femmes victimes de la traite si elles coopèrent avec la police
et témoignent contre leurs proxénètes.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">10.Les femmes qui ont des raisons de craindre de
rentrer dans leur pays d'origine et dont la vie risque d'y être
menacée (par exemple représailles) devraient être autorisées
à demander un permis de séjour pour des motifs humanitaires
dans un pays d'accueil.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">11.Les mouvements migratoires liés à la traite
des femmes peuvent également s'expliquer par l'absence de
perspectives dans le pays d'origine, y compris la pauvreté et la
marginalisation des femmes. Le manque d'instruction et le
chômage, qui affectent davantage les femmes que les hommes dans
la pratique, sont des facteurs qui y contribuent aussi. Il s'agit
manifestement d'un problème structurel et complexe qui ne peut
être résolu facilement mais qu'il faut avoir en permanence à
l'esprit et certaines mesures visant à améliorer la situation
devraient être systématiquement mises en &#156;uvre dans le
cadre d'une politique d'égalité des sexes.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">12.Il est évident que, dans l'ensemble, aucun
pays n'a les moyens de résoudre à lui seul le problème. Des
mesures non coordonnées prises dans un pays seulement (par
exemple, une réglementation rigoureuse des «contrats
d'artistes» en Belgique et aux Pays-Bas) déplacent le trafic
vers un pays voisin et incitent les trafiquants à changer de
méthodes (par exemple une augmentation des entrées
irrégulières). Il s'agit d'un problème international qui
appelle une action et une coopération internationales. Le
Conseil de l'Europe, qui regroupe les principaux pays de
destination et d'origine, semble le mieux placé pour coordonner
cette action. C'est pourquoi ma commission souscrit pleinement à
l'avis du rapporteur selon lequel il est nécessaire d'élaborer,
dans le cadre du Conseil de l'Europe, un instrument juridique
européen, qui traiterait de cette importante question de façon
cohérente et efficace.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">13.Une telle convention imposerait
l'harmonisation nécessaire des législations nationales qui
contribuera indubitablement à l'efficacité de la lutte contre
ce délit. Elle garantirait aussi des normes minimales qui, pour
le moment, ne sont pas respectées dans tous les Etats membres et
constituerait la base d'une coopération internationale dans ce
domaine.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">14.La convention devrait créer un organe
multidisciplinaire qui, opérant dans le cadre du Conseil de
l'Europe, serait chargé de suivre la mise en &#156;uvre de ses
dispositions et, plus généralement, de coordonner sur une base
permanente les mesures prises au niveau européen pour combattre
la traite des femmes. La proposition faite par la Présidente de
l'Assemblée parlementaire dans sa lettre aux présidents des
parlements nationaux de créer au sein du Conseil de l'Europe un
nouveau poste de médiateur qui s'occuperait des questions
d'égalité des sexes en général et serait aussi chargé de
suivre la mise en &#156;uvre de cette convention mérite
incontestablement d'être examinée et j'attire l'attention du
Comité des Ministres sur cette proposition.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">15.Consciente de la complexité des problèmes
propres à l'élaboration d'une convention et préoccupée par la
durée prolongée de ce processus alors que cette situation
dramatique appelle d'urgence une réponse, ma commission propose,
à titre de mesure provisoire, l'adoption par le Comité des
Ministres d'une recommandation portant spécifiquement sur le
problème de la traite des être humains aux fins d'exploitation
sexuelle. Une telle recommandation pourrait être adoptée assez
rapidement par le Comité des Ministres. Bien que n'ayant pas
force de loi, elle serait considérée comme une première étape
vers la convention et son élaboration offrirait l'occasion de
discussions sérieuses. Elle constituerait aussi un signal
politique et aurait pour effet de sensibiliser les autorités
nationales compétentes et l'opinion publique à ces questions.
Au nom de ma commission, j'ai déposé un amendement au projet de
recommandation en ce sens.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">16.Plusieurs mesures concrètes devraient être
incluses dans une recommandation du Comité des Ministres et la
convention qui s'ensuivrait. Le Comité des Ministres devrait
exhorter les Etats membres à adopter une approche
interdisciplinaire et multiautorités cohérente. Tous les
aspects de ce phénomène devraient être pris en considération,
et notamment la prévention, les facteurs économiques, la
répression, l'aide sociale, les arrangements financiers
illégaux, la combinaison du commerce du sexe, des drogues, des
armes, etc. Un organe central de coordination devrait être
créé composé de tous les secteurs concernés.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">17.Le flux de l'information au niveau
international devrait être amélioré. Une meilleure
coopération policière devrait être instaurée. La création
d'un réseau international d'experts dans le domaine afin de
faciliter l'échange d'informations et de connaissances
spécialisées devrait être envisagée.</p>

<p align="left">&nbsp;</p>

<p align="left">18.L'Assemblée parlementaire ne doit absolument
pas rester passive lorsque les droits de l'homme sont violés.
Des efforts accrus de la part des Etats membres ainsi qu'une plus
large coopération internationale afin de combattre les
migrations irrégulières et la criminalité organisée sont
nécessaires pour réduire la traite des femmes. J'espère que
l'Assemblée approuvera la recommandation.</p>

<p>&nbsp;</p>

<hr size="1">

<p align="left">Commission saisie pour rapport: commission des
questions juridiques et des droits de l'homme (Doc. 7785).</p>

<p align="left">Commission saisie pour avis: commission des
migrations, des réfugiés et de la démographie.</p>

<p align="left">Renvoi en commission: Renvoi n° 1965 du
5.9.1994, Doc. 7126.</p>

<p align="left">Cet avis a été approuvé par la commission des
migrations, des réfugiés et de la démographie le 21 avril
1997.</p>

<p align="left">Secrétaires de la commission: MM. Newman, Sich
et Mme Nachilo. </p>

<hr size="1">

<p align="left"><a href="#Footref1" name="Footnote1"><i>Note: 1</i></a><i>de
la commission des migrations, des réfugiés et de la
démographie</i> </p>
</body>
</html>
