7.12.2012
DISCOURS DU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE DU CONSEIL DE L’EUROPE, M. JEAN-CLAUDE MIGNON,
A L’OUVERTURE DE LA CONFERENCE « DROITS DE L’HOMME ET POLITIQUE ETRANGERE »
ORGANISEE PAR LA COMMISSION DES QUESTIONS POLITIQUES
(Turin, Centre de conferences Torino Incontra,
jeudi 13 décembre 2012, 9h00)
Mesdames et Messieurs, Chères/Chers collègues,
C’est un grand honneur pour moi d’ouvrir cette conférence organisée en coopération avec la Chambre des députés et le Sénat de l’Italie et je voudrais remercier tout particulièrement les hôtes, - le Parlement italien et la ville de Turin, - mais aussi notre cher collègue et ami, Pietro Marcenaro qui a été à l’origine de cette conférence.
Le thème de notre rencontre – les droits de l’homme et la politique étrangère – n’est pas un sujet anodin. Les intérêts nationaux jouent traditionnellement un très grand rôle dans la politique étrangère.
Dès lors, la question qui se pose est jusqu’où peut-on aller dans cette direction ? Qu’en est-il des limites à ne pas franchir ? N’y-aurait-il pas des considérations bien plus fondamentales que celles des intérêts nationaux, qui devraient servir de lignes directrices, ou, pour le moins, de repères à respecter, dans la définition de la politique étrangère ?
Je crois que les valeurs fondamentales – les droits de l’homme, la dignité humaine, la démocratie et l’Etat de droit, valeurs qui sont au cœur du projet européen, – représentent en réalité les intérêts communs « supranationaux » que tous les Etats doivent respecter. Ce ne sont pas des notions abstraites mais des valeurs universelles bien réelles, ces valeurs même qui ont permis à l’Europe de se reconstruire après la Seconde guerre mondiale et qui, aujourd’hui, guident les individus, les Etats et la communauté internationale dans une quête universelle de coexistence pacifique et coopération entre les nations et les cultures, de progrès et développement.
Il est d’autant plus symbolique que le débat sur les droits de l’homme et la politique étrangère soit organisé par le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire – Organisation qui, depuis sa création, a mis les droits de l’homme au centre de son action. Notre modèle de coopération est fondé sur des valeurs et principes qui sont admis, de bon gré, par les Etats membres et se traduisent par des standards contraignants dont l’application est vérifiée par divers mécanismes et organes de suivi – un cas exemplaire d’autolimitation de la souveraineté des Etats ! De ce fait, le Conseil de l’Europe offre une excellente plate-forme de dialogue politique et de coopération entre divers acteurs, en Europe et bien au-delà de nos limites strictement géographiques.
La conférence d’aujourd’hui en est une illustration éclatante: nous comptons parmi nous d’éminentes personnalités politiques – Ministres et Présidents des commissions parlementaires des affaires étrangères et des droits de l’homme – hauts fonctionnaires dans la fonction diplomatique, hauts représentants des organisations internationales, notamment, de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations Unis, ainsi que des représentants de la société civile et des grandes organisations de défense de droits de l’homme, telles qu’Amnesty international, mais aussi des acteurs individuels qui travaillent tous les jours sur le terrain.
L’objectif de cette conférence n’est pas de s’aventurer dans des discussions théoriques mais d’aborder des choses concrètes. Notre but est d’identifier les moyens d’intégrer la question des droits de l’homme dans la politique étrangère, afin de promouvoir les standards, anticiper et prévenir les crises, agir rapidement face aux dérives et, surtout, trouver des réponses efficaces aux conséquences des graves violations des droits humains et des crises humanitaires.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, avant d’en terminer avec mon propos, de revenir sur l’un des aspects de cette problématique. Selon moi, en tant qu’Européens et, pionniers dans le domaine des droits de l’homme, en quelque sorte, nous avons un devoir moral de premier plan dans la défense et la promotion de ces valeurs sur la scène internationale. Nous devons montrer l’exemple, partager nos expériences et soutenir nos voisins et nos partenaires dans ce processus.
Pour être efficaces et crédibles, surtout, nous devons rechercher des synergies entre les institutions européennes spécialisées dans les droits de l’homme. Une coopération étroite entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne dans ce domaine s’impose.
Dans ce contexte, je me réjouis de la participation à cette conférence du Représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme, M. Stavros Lambrinidis. Nos discussions seront une excellente occasion d’accorder nos messages politiques et de coordonner nos méthodologies de travail.
Finalement, Mesdames et Messieurs, je voudrais souligner, une fois de plus, l’engagement et l’excellent travail de notre cher ami Pietro Marcenaro, qui a préparé des rapports de grande qualité sur les droits de l’homme et la politique étrangère, à l’attention du Sénat italien et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Son rapport à l’Assemblée contient de nombreuses propositions concrètes et j’ai la conviction qu’il constituera une base remarquable pour nos débats d’aujourd’hui. Je suis impatient d’écouter vos observations sur ces propositions et vous souhaite une excellente conférence !
Merci de votre attention.