06 juin 2013
Discours de Monsieur Jean-Claude Mignon,
Président de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe
à l’occasion de la célébration du
50ème anniversaire du Traité de l’Elysée
(Mannheim, 28 juin 2013)
Monsieur le Président,
Monsieur l’Ambassadeur de la France,
Mes chers collègues,
Mesdames, Messieurs,
C’est pour moi un plaisir et un honneur que de célébrer l’anniversaire d’un Traité qui symbolise aujourd’hui la réconciliation éternelle entre deux pays qui se sont si souvent et si durement combattus.
Les débuts de ce Traité furent pourtant moins prometteurs. L’objectif du Général de Gaulle et du Chancelier Adenauer de poser les bases d’une coopération étroite en matière de défense et de politique extérieure resta largement lettre morte, au départ en tout cas. Le besoin de l’Allemagne d’avoir des liens étroits avec les États-Unis interdisait à l’époque d’aller trop loin dans cette voie.
Bien des années après, on en revint un peu à la vision de ces deux grands européens avec la création le 22 janvier 1988 d’un Conseil franco-allemand de défense « en vue -je cite- de donner effet à la Communauté de destin qui lie les deux pays et de développer leur coopération dans le domaine de la défense et de la coopération ».
En revanche, et c’est fondamental, le Traité de l’Élysée instaura le principe de consultations régulières entre les gouvernements et les administrations des deux pays qui n’ont cessé de se développer. Il engagea un rapprochement entre les jeunesses de nos deux pays. L’Office franco-allemand de la jeunesse fut un immense succès. Les jumelages, et je peux en témoigner personnellement en tant que Maire de Dammarie-Les-Lys, constituèrent et constituent toujours un puissant instrument de rapprochement de nos deux peuples. L’amitié entre les peuples passe en effet par la connaissance de l’autre. Et cette connaissance est grandement facilitée par la maîtrise de la langue de l’autre. Et sur ce plan je n’ai pas la conviction que nous progressions. Il est pourtant essentiel de faciliter l’enseignement de l’allemand en France et du français en Allemagne.
Comme l’a souligné un éminent spécialiste des relations entre la France et l’Allemagne, M. Georges-Henri Soutou, il ne faut pas sous-estimer les conséquences psychologiques d’un Traité investi de l’autorité morale de ces deux prestigieux signataires, De Gaulle et Adenauer. « Ce fut à partir de là que l’on passa du simple apurement du contentieux à une véritable réconciliation ». Là est véritablement l’irremplaçable legs du Traité de l’Élysée.
Pour paraphraser Jean Monnet, « l’essentiel n’est pas de coaliser des États mais d’unir des hommes ! »
Cette amitié entre nos deux peuples constitue une leçon pour le Conseil de l’Europe, dont la première raison d’être est la paix entre les peuples.
Fondée en 1949, après deux guerres mondiales et des millions de morts, le Conseil de l’Europe a pour première ambition « plus jamais ça ! ».
L’une des deux grandes priorités que j’avais affichées lors de mon élection à la présidence de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe était d’apporter la contribution de notre Assemblée à la résolution des conflits gelés. Et, comme je l’ai souvent répété à mes interlocuteurs à Bakou et à Erevan, prenez exemple sur le Traité de l’Élysée et sur la réconciliation franco-allemande. Mais je pourrais tenir ce discours dans bien d’autres États, hélas…
C’est en effet avec une immense tristesse que je constate le nombre d’États encore en guerre avec leur inévitable cortège de personnes déplacées, de misère, de peur et de haines inexpiables, sans même parler du pourcentage excessif de ressources publiques consacrées à des dépenses militaires.
Se réconcilier ne signifie pas oublier le passé. Tout au contraire, cela signifie faire la lumière complète sur l’Histoire. Et dans cette perspective, permettez-moi de saluer l’exemplaire réussite que constitue le musée de l’histoire allemande de Berlin.
Pour préparer l’avenir, il faut assumer le passé. Réécrire unilatéralement le passé rendrait très difficile la réconciliation, comme nous pouvons le voir ici ou là sur notre continent.
S’il ne faut pas oublier le passé, il ne convient pas de s’en servir pour alimenter d’éternels griefs. C’est à ce prix que la réconciliation peut être une réalité et, au risque de me répéter, l’amitié franco-allemande en offre un excellent exemple.
Vive l’Allemagne, Vive la France.