Allocution de M. Serguei Mironov président du conseil de la Fédération, assemblée fédérale de la Fédération de Russie
(Extrait du compte-rendu)
Strasbourg, 24 avril 2002
M. MIRONOV, président du conseil de la Fédération, assemblée fédérale de la Fédération de Russie (Interprétation) remercie de son côté M. Schieder pour les excellentes conditions de travail qu’il a offertes à la délégation russe. Cette participation aux travaux de l’Assemblée constitue l’une des priorités du conseil de la Fédération, très attaché à l’édification d’une Grande Europe, communauté de valeurs et zone de prospérité économique. Les événements récents ne peuvent d’ailleurs que confirmer cette volonté en même temps que la justesse de vue de tous ceux qui défendent une telle option.
Quelle que soit sa spécificité, la Russie est une partie inaliénable de l’Europe et son intégration à la communauté démocratique du continent est pour elle un objectif stratégique. Le rapport de la commission de suivi vient au reste de confirmer la sincérité de cette aspiration. Le pays est en train de bâtir assez rapidement une économie de marché et une démocratie véritable; les structures politiques s’y perfectionnent et l’autogestion s’y affirme, contribuant à l’apparition d’une société civile forte. La réforme de la justice est en voie de consolidation avec l’adhésion à la Convention européenne des Droits de l’Homme; la révision de la législation se poursuit et les mécanismes de protection des droits de l’homme sont progressivement renforcés. La Russie a en outre dit non à la peine de mort, s’inscrivant ainsi dans le mouvement général de l’Europe.
Mais si ces progrès sont incontestables, il est clair qu’il faudra aussi beaucoup de temps pour modifier en profondeur l’état de l’opinion russe. Le conseil de la Fédération fait donc tout pour que les valeurs démocratiques s’enracinent dans le pays et il est convaincu qu’il saura mener cette tâche à bien avec l’aide de l’Assemblée parlementaire, son partenaire naturel.
Le nouvel ordre mondial doit se fonder sur la prééminence du droit, sur des relations internationales plus équilibrées et sur un renforcement de la diplomatie interparlementaire. L’une des priorités dans ce domaine est la lutte contre le terrorisme international. La Russie a pris toute sa place dans la coalition qui s’est créée pour s’opposer à ce fléau, notamment en organisant cet été la Conférence antiterroriste de Saint-Pétersbourg. Elle souhaite la mise en place d’un espace juridique commun pour lutter plus efficacement contre cette forme de crime international, en particulier pour le priver de ses sources de financement. Ce combat ne pourra être remporté qu’en liaison avec l’Assemblée et dans le respect des droits de l’homme. Il ne saurait en effet y avoir d’ambiguïté sur ce point quand on défend le droit à la vie.
Les députés russes suivent de très près les débats de l’Assemblée sur la situation en Tchétchénie. Ce sujet doit, selon eux, être abordé en rapport avec la lutte contre le terrorisme et dans le respect des nobles principes de la Grande Europe. Malheureusement, ces derniers se heurtent encore à trop de discriminations: ainsi en est-il pour les russophones des pays baltes, qui n’ont pas accès à la nationalité de leur pays de résidence. L’orateur espère que la communauté internationale et le Conseil feront preuve de compréhension à leur égard et insisteront pour qu’une solution soit trouvée.
Les députés russes sont convaincus que les principes d’action du Conseil ont une portée universelle. Ils souhaitent donc qu’ils soient mis en œuvre dans tous les pays du continent sans exception. Sans la Biélorussie et la Yougoslavie, l’Europe ne saurait être complète. Ces pays ont en effet vocation naturelle à participer aux processus qui se déroulent en Europe.
M. Mironov tient à éclaircir en particulier la position de son pays à l’égard de la Biélorussie. Ce pays traverse une période de transition comme la plupart des autres pays post-soviétiques et il convient d’adopter une approche constructive à son égard. La Russie se prononce donc pour l’adhésion de la Biélorussie au Conseil de l’Europe: ce sera le moyen d’y renforcer les forces démocratiques tout en enrichissant l’Organisation.
L’élargissement de l’Union européenne pose avec force la question de l’avenir de Kaliningrad. Il serait absurde que des citoyens russes aient à demander un visa pour aller d’une partie à l’autre de leur pays. Ce serait violer leur droit de libre circulation, séparer des familles, faire obstacle aux affaires. Une Europe sans frontières ne saurait le tolérer.
L’orateur est convaincu que la coopération économique en Europe va être accélérée par le prochain forum économique de Saint-Pétersbourg, auquel participeront les élites politiques et économiques de la CEI.
L’orateur invite les membres de l’Assemblée à participer à ce forum dans la magnifique et glorieuse ville de Saint-Pétersbourg.